HOMÉLIE DE MGR LUIGI NEGRI

Basilique Saint-Pierre-de-Rome, samedi 24 octobre 2015

Bien chers frères,

Les lectures de la liturgie rappellent la grande attente du salut par l’humanité tout entière et, en particulier, celle des pauvres, des humbles et des désespérés. Une attente similaire à celle au bord de la piscine de Bethsaïde où l’on attend que les eaux se meuvent pour que quelqu’un puisse y entrer et participer ainsi à la vie nouvelle promise par le Messie d’Israël.

Ça y est ! L’attente est terminée. L’attente est terminée parce que par son avènement le Christ a déchiré définitivement le voile des cieux et est entré dans l’épaisseur de l’histoire, de toute l’histoire. Le Christ est entré dans les grandeurs comme dans les faiblesses de l’histoire, dans les limites comme dans les tentations des hommes, mais aussi dans leur immense capacité d’affronter avec responsabilité, de génération en génération, le problème de leur destinée, de la fin à laquelle ils sont appelés et du Royaume de Dieu vers lequel ils vont et qui est déjà au milieu d’eux.
C’est le Christ qui est la vie nouvelle au milieu de nous. C’est en Lui que la vie se réalise pleinement, dans le mystère de sa mort, de sa résurrection et de son ascension, un mystère communiqué à chacun de nous dans la profondeur de notre foi et dans l’intensité de notre charité.

Le Christ est vie nouvelle parce que le salut est unique. C’est une nouvelle dilatation de l’intelligence et du cœur qui se traduit par une sensibilité nouvelle envers nous-mêmes, envers les autres et envers la réalité. Cette humanité nouvelle est en nous comme grâce, comme don de la foi, comme vérité non pas méritée mais offerte gratuitement pour combler cette attente profonde qui marque notre existence.

Face à cette grâce nous ne sommes pas et ne pouvons pas demeurer inertes, nous abandonnant à une espèce de fatalisme qui n’aurait rien de chrétien. Nous devons assumer nos responsabilités afin que la grâce, principe de vie nouvelle en nous, puisse mûrir, puisse pénétrer et se réaliser dans notre humanité et surtout, ainsi, devenir source de mission, source de communication. La foi nous est donnée pour communiquer.

Dans son encyclique Redemptoris Missio, saint Jean-Paul II disait que la « foi s’affermit lorsqu’on la donne ». La gratitude pour la grâce qui nous est donnée devient alors, au plus profond de notre conscience et de notre vie quotidienne, l’incitation à offrir notre contribution à la grande mission du Christ et de l’Église. Un engagement auquel nous devons contribuer de toutes nos forces, quelle que soit notre condition particulière et momentanée.

Le peuple chrétien ne possède qu’une seule grande vocation : communiquer la vie nouvelle du Christ à chaque homme afin que chacun puisse, s’il le veut, pénétré de cette grâce, y faire écho et faire, à son tour, l’expérience de cette vie nouvelle. La mission est donc la responsabilité première des chrétiens comme l’enseigne la grande et extraordinaire histoire bimillénaire de l’Église, dans ses vicissitudes et ses limites mais aussi dans ses si nombreux moments de gloire.

L’Église est cette présence inexorable de la vie du Christ qui vient offerte à tous ceux qui parfois ne la désirent pas, mais qui par notre témoignage sont incités à tourner leur regard vers Lui, peut-être pour la première fois, dans un monde aussi éloigné de la présence du Seigneur que peut l’être le nôtre.

Cette mission de l’Église a vu son identité, sa moralité, rythmée par deux mots d’ordre qu’elle a souvent dû prononcer tout au long de son histoire.

Le premier est POSSUMUS, NOUS POUVONS. Par cette attitude, l’Église a, de génération en génération, rencontré l’humanité : la foi a rencontré la raison ; la liberté chrétienne a rencontré la loi humaine ; les événements de la vie des peuples et des nations ont été imprégnés par la foi catholique de sorte que, en plus d’un cas, cette même foi a pu donner une contribution significative à la culture et à la civilisation.

Par ce possumus l’Église et le monde se sont rencontrés. L’humanité en quête a rencontré l’Église qui apporte le Dieu qui se révèle. L’existence humaine, personnelle et sociale, cette grande histoire de culture et de civilisation, trouve son sens dans la culture catholique qui n’est pas encore morte et nous parle au moyen des plus diverses formes d’expression culturelle. Dans l’horizon du possumus la mission a certainement eu la capacité de donner une contribution substantielle à l’amélioration de la vie humaine, personnelle et sociale.

Mais l’Église a également pu et dû prononcer, de façon inexorable, un second mot d’ordre : NON POSSUMUS, NOUS NE POUVONS PAS. En de nombreuses occasions, l’Église a dû dire qu’il n’était pas licite de vouloir éliminer sa présence de la vie de la société, de réduire les droits de Dieu et de contribuer ainsi inexorablement à la dégradation de la vie humaine et sociale. Nous ne pouvons pas. À aucun moment de l’histoire, si souvent dramatique, en particulier de l’Europe, l’Église n’a reculé devant son devoir de dénoncer la légitimité de certaines idéologies, de certaines orientations culturelles, sociales et politiques, quitte à se retrouver toute seule.

L’Église, par son non possumus, n’a pas rompu le dialogue avec les hommes mais elle a refusé que les idéologies puissent avoir une prise significative sur son existence. Vouée à la défense du caractère sacré de la paternité et de la maternité, des événements les plus signifiants de la vie humaine – aujourd’hui fragilisés, ruinés et remplacés par des formes absolument inacceptables de vie en commun –, elle refuse ce qui, en s’opposant à elle, prétend avilir l’homme, le mystère de la vie, le mystère de l’amour.

L’Église ne pourra jamais dire seulement possumus, tout comme elle ne pourra jamais dire seulement non possumus. Fidèle à son devoir de mission, elle doit toujours rendre possible la rencontre entre le Christ et le cœur de l’homme, alterner les ouvertures et les refus, les approbations intellectuelles et morales et les oppositions à tout ce qui va contre les droits de Dieu et crée ainsi les conditions d’un déclin, d’une déshumanisation de la vie humaine et sociale, dont la société contemporaine nous donne un terrible exemple.

Prenons garde, mes bien chers frères : si nous substituons au binôme possumus – non possumus, un possumus à sens unique, qui soumet la chrétienté à la mentalité dominante de ce monde, nous adhérons à son objectif négatif et diabolique : l’élimination du Christ et de l’Église. Nous ne pouvons accepter que trop d’événements, d’initiatives ou de tentatives de notre monde catholique si diversifié soient fortement conditionnés par la volonté de plaire au monde et de recevoir son appui.

Nous voulons voir le visage du Christ. Ce visage du Christ qui éclate dans la beauté de la liturgie et, comme y fait allusion le Saint-Père dans son message à ce pèlerinage, nous amène à sa gloire définitive. Ce visage est en même temps celui du Christ Ressuscité et du Souverain Juge. Nous ne voulons rien d’autre que plonger chaque jour le regard de notre intelligence et de notre cœur dans le visage très aimé du Seigneur. Afin que naisse une compréhension nouvelle, de nous et du monde. Nous voulons un cœur nouveau pour aimer chaque homme de ce monde comme un élément nouveau du mystère du Christ qui se révèle. Nous voulons apprécier l’utilité de notre époque et de notre vie seulement dans la mesure de l’affirmation du Christ qu’elles permettent et non dans celle de l’affirmation de notre puissance. Voici ce que nous voulons.

Confions à la Très Sainte Vierge Marie la Sainte Église de Dieu pour que la joie qui naît de la foi sache soutenir aussi le sacrifice de notre vie quotidienne, la nôtre comme celle de toute l’Église, afin de rendre inséparable un binôme qui semble impossible à la mentalité mondaine : joie et sacrifice. Ainsi soit-il.

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