HOMÉLIE DE MGR RIFAN

HOMÉLIE DE MGR RIFAN
POUR LA MESSE DE CLOTURE
DU PÈLERINAGE 2013

ROME, 27 OCTOBRE 2013, FÊTE DU CHRIST-ROI

Très chers prêtres, séminaristes, religieux, religieuses, frères et sœurs en Notre Seigneur Jésus-Christ,

Permettez-moi tout d’abord de saluer et de remercier les pères dominicains qui ont la charge de cette basilique pour leur accueil.

Cette Sainte Messe pontificale solennelle célèbre la fin du pèlerinage Summorum Pontificum des catholiques liés à la forme traditionnelle du rite romain, universellement permise par le saint-Père Benoît XVI par le Motu Proprio “Summorum Pontificum”.

Nous sommes dans l’Année de la Foi, proclamée par Benoît XVI et continuée par le pape François. Notre foi, comme l’exprime bien la lettre apostolique Porta Fidei doit être professée, vécue, célébrée et priée.

La Sainte Messe, la célébration du sacrifice eucharistique, est une des plus importantes professions de foi. Et si nous aimons, si nous préférons et si nous conservons la Sainte Messe dans la forme traditionnelle du rite romain, c’est parce qu’elle est précisément une claire profession de foi des dogmes eucharistiques : le dogme de la Messe comme sacrifice, renouvellement incruent du sacrifice de la Croix ; le dogme de la présence réelle ; celui de la transsubstantiation due aux paroles du prêtre qui agit in persona Christi capitis et non à la foi du peuple ; et celui du ministère sacerdotal distinct du ministère commun des fidèles. Notre fidélité à la Sainte Messe dans la forme traditionnelle du rite romain est dictée par notre foi. C’est cette profession de foi, professée et célébrée à travers la Messe traditionnelle que nous offrons au Saint-Père comme preuve de notre fidélité à la Sainte Église.

En outre, la Sainte Messe traditionnelle est une très importante contribution pour la Nouvelle évangélisation : parce qu’elle est une claire expression liturgique des dogmes eucharistiques ; parce qu’elle manifeste parfaitement la dignité du sacré par la richesse, la beauté, la noblesse et la solennité de ses cérémonies ; par le sens du mystère qu’elle communique ; enfin, parce qu’elle est un des trésors liturgiques catholiques, par lequel nous affirmons notre amour pour la Sainte Église et notre communion avec elle.

Que le Saint-Père voit, dans notre forme liturgique, l’expression de notre pleine communion avec lui et avec l’Église.

***

Nous célébrons la très belle fête du Christ-Roi. Cette fête fut instituée par le pape Pie IX en réponse au laïcisme qui régnait à l’époque et qui nous fait tant de torts aujourd’hui. « Nous recherchions la cause intime des calamités contre lesquelles, sous Nos yeux, se débat, accablé, le genre humain. […] Nous proclamions ouvertement deux choses: l’une, que ce débordement de maux sur l’univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique; l’autre, que jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur. » (Encyclique Quas Primas, 1)

C’est pour combattre ces maux que le pape institua une fête propre spécialement en l’honneur du Christ-Roi.

« C’est ici Notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d’apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine. Nous le faisons en prescrivant à l’univers catholique le culte du Christ-Roi. La peste de notre époque, c’est le laïcisme, ainsi qu’on l’appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles. Comme vous le savez, Vénérables Frères, ce fléau n’est pas apparu brusquement; depuis longtemps, il couvait au sein des États. On commença, en effet, par nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations; on refusa à l’Église le droit – conséquence du droit même du Christ – d’enseigner le genre humain, de porter des lois, de gouverner les peuples en vue de leur béatitude éternelle. Puis, peu à peu, on assimila la religion du Christ aux fausses religions et, sans la moindre honte, on la plaça au même niveau. On la soumit, ensuite, à l’autorité civile et on la livra pour ainsi dire au bon plaisir des princes et des gouvernants. Certains allèrent jusqu’à vouloir substituer à la religion divine une religion naturelle ou un simple sentiment de religiosité. Il se trouva même des États qui crurent pouvoir se passer de Dieu et firent consister leur religion dans l’irréligion et l’oubli conscient et volontaire de Dieu. (Quas primas, 18).

Pour bien comprendre en quoi consiste l’ennemi actuel de la civilisation chrétienne, nous avons ces mots de Pie XII : « Oh ! ne Nous demandez pas qui est “l’ennemi” ni sous quel aspect il se présente. Il se trouve partout et au milieu de tous : il sait être violent et rusé. Ces derniers siècles, il a tenté de réaliser la désagrégation intellectuelle, morale, sociale de l’unité dans l’organisme mystérieux du Christ. Il a voulu la nature sans la grâce ; la raison sans la foi ; la liberté sans l’autorité ; parfois l’autorité sans la liberté. C’est un « ennemi » devenu de plus en plus concret, avec une absence de scrupules qui surprend encore : le Christ oui, l’Église non ! Puis : Dieu oui, le Christ non ! Finalement le cri impie : Dieu est mort ; et même : Dieu n’a jamais existé. Et voici, maintenant, la tentative d’édifier la structure du monde sur des bases que Nous n’hésitons pas à indiquer comme principales responsables de la menace qui pèse sur l’humanité : une économie sans Dieu, un droit sans Dieu, une politique sans Dieu. L'”ennemi” s’est employé et s’emploie à ce que le Christ soit un étranger dans les universités, dans l’école, dans la famille, dans l’administration de la justice, dans l’activité législative, dans les assises des nations, là où se décide la paix ou la guerre. » (Discours aux hommes de l’Action catholique, 12 octobre 1952)

Mais ne perdons pas courage ! La victoire du Bien est certaine. La victoire du Christ et de l’Église.

Place Saint-Pierre se trouve un obélisque égyptien qui se dressait jadis au centre du cirque de Néron et fut le symbole de la victoire sur les chrétiens, persécutés et morts en ce lieu, à commencer par saint Pierre. Aujourd’hui le cirque de Néron n’existe plus. À sa place s’élève la magnifique basilique Saint-Pierre et si l’obélisque est toujours là, il porte désormais l’inscription : « Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat! » Christ vainqueur, Christ roi, Christ souverain. La victoire finale !

Il en va ainsi de l’Église. Nous célébrons cette Sainte Messe en cette très belle basilique de Sainte-Marie-sur-la-Minerve ce qui veut dire qu’ici, en dessous de nous, se trouvait le temple de la déesse Minerve. Aujourd’hui, cette basilique est dédiée à Notre-Dame. C’est la victoire de la Très Sainte Vierge Marie sur Minerve, du Christ et de l’Église sur le paganisme.

Confiants dans la protection de Notre Très Sainte Mère, nous continuons à combattre. La victoire est certaine. « Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat! » Ainsi soit-il.

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